Yvette Chauviré

Yvette Chauviré est une ballerine et maître de ballet française, née à Paris le 22 avril 1917. Danseuse étoile de l’Opéra de Paris, muse incontestée de Serge Lifar, incarnant à la perfection son talent chorégraphique exceptionnel, elle fut considérée comme la plus grande ballerine française. Son nom reste aujourd’hui encore associé à Giselle, rôle fétiche avec lequel elle fait, en 1972, ses adieux à l’Opéra Garnier.

Danseuse élégante, précise et raffinée, elle incarne la quintessence de l'école française. Sa carrière est surtout marquée par la création de nombreux ballets de Serge Lifar, Alexandre le Grand, David triomphant, Le Chevalier et la Damoiselle, Suite en blanc. Elle y impose sa superbe plastique et son tempérament dramatique, particulièrement dans le rôle titre d'Istar en 1943 et dans Mirages. Oiseau racé dans le Cygne en 1953 aussi bien que brillante protagoniste du Grand pas classique que Victor Gsovsky chorégraphie pour elle en 1949, elle se révèle diaphane et inoubliable dans Giselle.

Entrée à dix ans à l'école de danse de l'Opéra de Paris, Yvette Chauviré est l'élève de Boris Kniaseff et de Victor Gsovsky. En 1929, à peine âgée de 12 ans, elle obtient son premier rôle solo dans L'Éventail de Jeanne. Elle intègre le Corps de Ballet de la compagnie de l'Opéra, dirigée alors par Serge Lifar, en 1934. Elle est immédiatement promue quadrille puis, sautant l'échelon de coryphée en janvier 1935, passe petit sujet. Elle devient grand sujet en 1937 et, cette même année, tourne son premier film, La Mort du Cygne de Jean Benoît-Lévy, d’après une nouvelle de Paul Morand. Elle est nommée première danseuse en 1938, puis danseuse étoile en décembre 1941, après la première représentation du ballet Istar que Serge Lifar chorégraphie pour elle. Elle danse alors tous les grands rôles du répertoire classique, mais son interprétation magistrale du rôle-titre de Giselle en 1949 est probablement la plus emblématique. Tout en gravissant la hiérarchie de la compagnie, elle continue toutefois de travailler avec son ancien professeur Boris Kniassef, créant ses ballets comme La Légende du Bouleau ou Piccolo.

Entre 1946 et 1947, elle fait des infidélités à l'Opéra de Paris et suit Serge Lifar, contraint de quitter la capitale. Elle danse alors en tant qu'étoile invitée des Ballets de Monte-Carlo, dont il a reçu la direction. Retournant dans la capitale en 1948, elle quitte de nouveau la maison qui l'a vue évoluer et tourne à travers le monde. Elle incarne Donna Margherita au cinéma en 1954 dans Carosello napoletano, un film d’Ettore Giannini, Prix international du Festival de Cannes la même année, dont les chorégraphies sont signées par Léonide Massine. Elle accompagne les adieux de Serge Lifar à l’Opéra Garnier en 1956, se produit entre autres à la Scala de Milan, et, quelques années plus tard, invitée par le Royal Ballet, elle danse avec Rudolf Noureev, récemment installé en France. À ce jour, elle est considérée comme la plus grande ballerine française et l'une des rares danseuses étoiles à avoir reçu le titre de Prima Ballerina Assoluta.

16 années après Serge Lifar, auteur d’une des plus glorieuses périodes de la danse française, elle quitte elle-même la scène de l’Opéra en dansant son rôle fétiche, ainsi qu’une inoubliable interprétation de La Mort du cygne. Pédagogue exceptionnelle, elle sait magnifiquement expliquer la dimension psychologique des rôles, tant féminins que masculins, et transmet son savoir aux jeunes étoiles de l'Opéra de Paris, comme Sylvie Guillem, Monique Loudières, Marie-Claude Pietragalla, Élisabeth Maurin, Isabelle Guérin ou Dominique Khalfouni.

Tout en présidant l'Académie internationale de danse à Paris de 1970 à 1977, elle poursuit ses nombreuses activités, donne des cours et des conférences, monte des productions, comme La Péri, Roméo et Juliette, ou encore une Giselle à la Scala de Milan, dont la version est toujours dansée aujourd’hui*. En 1976, elle sera comédienne, jouant Léda dans Amphitryon 38 de Jean Giraudoux auprès de Simone Valère et Jean Desailly au Théâtre Edouard VII. En 1983, Rudolf Noureev l’invite à être la Comtesse de Doris dans Raymonda. En 1988, sort le film Une étoile pour l'exemple que le réalisateur Dominique Delouche lui consacre. En 1991, elle accepte de remonter sur scène et interprète le rôle-titre de Maude dans le ballet du chorégraphe suisse Etienne Frey, auquel Colin Higgins a accordé les droits de son œuvre Harold et Maude.

Auteur en 1960 de Je suis ballerine, elle se raconte en 1998 à Gérard Mannoni dans Yvette Chauviré : Autobiographie. Grand Officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur, Grand-Croix dans l’ordre national du mérite et Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres, elle fut l'épouse de Constantin Nepo, peintre et décorateur de ballets. À l’occasion de son 80ème anniversaire, l’Opéra national de Paris lui a rendu un hommage officiel lors d’un gala et d’une exposition de photographies au Palais Garnier en 1998. Yvette Chauviré nous quitte le mercredi 19 octobre 2016, à l'âge de 99 ans.

* Il existe un DVD de sa version, interprétée par Svetlana Zakharova et Roberto Bolle.